Les territoires ultramarins de la France, souvent idéalisés depuis la métropole, cachent une réalité bien plus complexe. Ces départements sont parmi les plus pauvres du pays, et une crise sanitaire y règne en raison de maladies chroniques telles que l'obésité, le diabète et l'hypertension. Parmi les différentes causes de cette situation nutritionnelle déséquilibrée, la surconsommation de sucre dans les produits alimentaires se distingue particulièrement.
En Guadeloupe, en Martinique et dans d'autres territoires d'outre-mer, la teneur en sucre des produits industriels dépasse largement celle des produits vendus en métropole. En dépit d'une législation interdisant cette pratique, les différences de goût entre deux mêmes produits—comme un soda ou un yaourt—peuvent être frappantes. En mars dernier, 11 députés ont interpellé le ministre de la Santé afin d'exiger une meilleure application de la loi Lurel, qui vise à améliorer la qualité de l'offre alimentaire dans ces régions.
Des aliments plus sucrés en outre-mer
Cette inégalité illustre à quel point les territoires ultramarins sont négligés. Des dysfonctionnements politiques et économiques contribuent à des services de base insatisfaisants. Récemment, des ruptures d'approvisionnement en eau ont montré les conséquences de telles inégalités. En matière de santé, les chiffres parlent d'eux-mêmes : le diabète touche 10% de la population en Martinique, presque le double de la moyenne nationale, tandis que 27,8% des Antillais sont obèses.
Malgré l'adoption en 2013 d'une loi interdisant l'ajout de sucre dans les produits destinés à ces territoires, la situation semble inchangée. Des rapports indiquent que des aliments y contiennent encore jusqu'à 45% de sucre en plus par rapport à leurs homologues métropolitains. La responsabilité incombe souvent aux grandes marques qui adaptent leurs recettes en fonction des goûts supputés des consommateurs locaux.
Pourquoi cette inégalité ?
Si certaines boissons affichent des taux de sucre similaires à ceux vendus en métropole — ce qui a pu distraire certains rapports des réelles inégalités existantes — d'autres produits peuvent avoir une différence significative. Par exemple, le Fanta orange présente une teneur en sucre 42% plus élevée en Guadeloupe qu'en métropole. Ces variations sont généralement attribuées à une perception erronée selon laquelle les consommateurs ultramarins préfèrent les saveurs plus sucrées.
Une explication souvent évoquée concerne l'importation de lait en poudre pour la fabrication de produits laitiers, qui possède un taux de lactose plus élevé, augmentant ainsi la quantité de sucre. Pourtant, la logique derrière les ajustements de recettes des multinationales reste floue et semble davantage reposer sur des préjugés que sur des études concrètes.
En surface, la question des sucres ajoutés est exacerbée par des lacunes législatives. La loi Lurel ne fait que fixer des plafonds de sucre sans corriger les différences de moyenne entre métropole et outre-mer. Il est crucial de reconnaître que la simple réduction des taux de sucre ne suffira pas à résoudre les problèmes de santé publique prédominants. Selon des statistiques de 2019, la consommation de boissons sucrées est, par exemple, nettement supérieure en Guadeloupe qu’en métropole, posant un véritable défi pour les autorités sanitaires locales, qui doivent reprendre en main la situation.







