Au cœur d’un rejet alimentaire mystérieux se cache l’arfid, un trouble encore méconnu qui impacte aussi bien les enfants que les adultes. Les explications d'une experte en santé.
À la simple vue d’une tomate ou d’un haricot vert, la tension monte à table. Alors que cette scène est familière pour de nombreux parents, certains enfants éprouvent une véritable aversion pour la nourriture. Ces comportements, souvent interprétés à la légère, peuvent en réalité cacher un trouble alimentaire sérieux : l’arfid, ou Avoidant Restrictive Food Intake Disorder, traduit par “trouble alimentaire évitant et restrictif”. Depuis sa reconnaissance dans les classifications officielles des troubles mentaux en 2013, ce trouble reste largement méconnu, même parmi les professionnels de santé, comme le souligne Véronique Abadie, professeure à l’Hôpital Universitaire Necker-Enfants à Paris.
Des profils différents
L’arfid ne doit pas être confondu avec la néophobie alimentaire, une phase normale dans le développement d’un enfant entre 2 et 5 ans. Contrairement à cette dernière qui peut évoluer, l’arfid se manifeste par des symptômes plus graves présentés sous trois profils. Le premier est sensoriel, avec une aversion marquée pour certaines textures ou couleurs d’aliments, entraînant une restriction sévère des choix alimentaires. Les enfants touchés consomment peu, mais se limitent à une très faible variété d’aliments, souvent invisibles grâce à leur croissance normale.
Le second profil concerne ceux qui montrent un profond désintérêt pour la nourriture, tandis que le troisième est caractérisé par une peur intense liée à l’acte de manger, souvent provoquée par un traumatisme alimentaire.
L’arfid, un trouble aux origines variées
Comme de nombreux troubles, l’arfid résulte d’une interaction complexe entre des facteurs génétiques et environnementaux. D’après Véronique Abadie, il existe souvent une prédisposition familiale, des parents ayant eux-mêmes eu des comportements alimentaires restrictifs. De plus, des expériences traumatisantes, telles que des vomissements répétés ou des douleurs abdominales, peuvent déclencher ce trouble chez les enfants.
Critères de diagnostic spécifiques
Diagnostiquer l’arfid ne se limite pas à une simple aversion pour les légumes. Un enfant doit satisfaire au moins trois des quatre critères spécifiques : impact sur la croissance, déficit nutritionnel, dépendance à des compléments alimentaires, ou stress social lié à la consommation d’aliments. Face à un soupçon d’arfid, consulter un pédiatre pour un suivi diététique est essentiel, afin d’évaluer d’éventuelles carences nutritionnelles.
La prise en charge de l’arfid peut débuter très tôt, impliquant souvent des thérapies psychomotrices et cognitivo-comportementales visant à désensibiliser l’enfant ou à traiter ses phobies alimentaires. Ces interventions encouragent des dégustations d'aliments dans un contexte ludique, facilitant l'adoption d'un régime alimentaire plus varié.
Bien que certains symptômes puissent persister à l’adolescence et à l’âge adulte, il est courant que les individus finissent par trouver un équilibre nutritionnel au fil des années.
À la maison, le rejet d’une alimentation variée peut causer une source d'anxiété pour les parents. L’adoption de comportements hyper-adaptatifs n’est pas une solution viable sur le long terme. Il est donc crucial d’élargir progressivement les options alimentaires tout en offrant une méthode d’exploration autonome des aliments dès le plus jeune âge. Permettre à l’enfant de découvrir les aliments en toute liberté est une clé, conclut Véronique Abadie.







